La honte

C'est la honte. Il n'y a pas d'autres mots qui viennent à l'esprit que ceux prononcés par Adèle Haenel lorsqu'on a annoncé la victoire du violeur condamné Roman Polanski à la cérémonie des César 2020. Le césar de la meilleure réalisation récompense Roman Polanski lui-même, pas son film, montrant bien que l'homme et l'artiste sont une seule et même personne, qui devrait croupir en prison. 

Je n'ai pas envie de publier un compte rendu détaillé de cette cérémonie, d'analyser le moindre discours, mais plutôt de remercier celles qui ont rendu cette soirée un peu moins atroce : Florence Foresti qui n'est plus revenue sur scène une fois la récompense accordée au violeur Polanski, Adèle Haenel et sa sortie remarquable à l'annonce de la récompense pour le pédocriminel Polanski, Aïssa Maïga qui a prononcé un discours percutant sur la nécessité de lutter contre le racisme dans le petit monde du cinéma et a elle aussi quitté la salle après la fameuse annonce mais aussi évidemment les nombreuses manifestantes réunies devant la salle Pleyel avant la cérémonie, et certainement beaucoup d'autres. 

Adèle Haenel quitte la salle Pleyel après l'annonce de la récompense de Polanski

Pour revenir brièvement sur le palmarès, on pourra donc noter que Portrait de la jeune fille en feu n'a reçu qu'un seul prix, celui de la meilleure photographie, accordé à Claire Mathon. Le film Papicha de Mounia Meddour reçoit le césar du meilleur premier film et pour son rôle dedans, Lyna Khoudri reçoit le césar du meilleur espoir féminin. Ladj Ly voit son film Les Misérables récompensé à quatre reprises et reçoit le prestigieux césar du meilleur film. Le poétique J'ai perdu mon corps est sacré meilleur long métrage d'animation. Bref, on se console comme on peut. 

En France et à l'académie des César, personne ne semble donc avoir honte de récompenser un pédocriminel condamné ayant fuit la justice depuis de nombreuses années, tout ça pour un film qui aurait sans cela probablement été oublié d'ici quelques mois, mais qui restera à jamais un symbole de la honte française, ou plutôt de l'absence de honte. C'est aussi pour cela que nous serons toutes dans la rue ce 8 mars. Pour que la honte change enfin de camp, et que les criminels ne restent pas impunis. Pour que les femmes victimes ne soient plus jamais méprisées de la sorte. 

Enfin, je propose d'envoyer Fanny Ardant en prison avec Roman Polanski, puisqu'elle se dit prête à le suivre jusqu'à la guillotine. 

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